PALÉORIENT, vol. 16/1 - 1990
LE CIMETIÈRE NÉOLITHIQUE DE MEHRGARH (BALOUCHISTAN PAKISTANAIS) APPORT DE L'ANALYSE FACTORIELLE
B. BARTHELEMY de SAIZIEU
Introduction
Au nord de la plaine de Kachi, dans une zone frontalière de piémonts entre les montagnes du Balouchistan et les plaines alluviales du bassin de l'Indus, non loin de la passe de Bolan, Mehrgarh a été une agglomération puis une proto-cité dont l'histoire s'est étendue sans discontinuité sur plusieurs millénaires (7 000 à 2 600 B.C) (1). Cette histoire a donc précédé et influencé celle des grandes cités de l'Indus (2 500-2 000 B.C).
Par sa situation géographique privilégiée, sa longue séquence d'occupations et la richesse des documents mis au jour durant les onze campagnes de la Mission Archéologique Française dirigée par J.F. Jarrige en collaboration avec le Département d'Archéologie au Pakistan, Mehrgarh est actuellement considéré comme le site archéologique clé (2) de la grande zone englobant le Pakistan, l'Iran oriental, l'Afghanistan, l'Asie centrale et l'Inde.
Les fouilles effectuées ont révélé l'existence « d'un nouveau foyer néolithique » (3) dans cette partie de l'Asie où la sédentarisation pourrait s'être accomplie autrement qu'au Levant (4) : elle semble en effet s'être réalisée d'abord en montagne plutôt que dans les plaines du bassin de l'Indus, vraisemblablement restées très longtemps marécageuses
après la fonte des glaciers de l'hinterland himalayen; par ailleurs, la domestication puis l'élevage des bovins semblent y avoir pris beaucoup plus d'importance que ceux des chèvres et des moutons, contrairement à ce que l'on sait de l'Asie Occidentale (5).
Le gisement néolithique de Mehrgarh (période I et II) dont la superficie a été estimée à une douzaine d'hectares (6), constitue donc pour l'instant le plus ancien établissement sédentaire du sous-continent indo-pakistanais et des contrées avoisinantes; il correspond à la première occupation d'un site habité pendant plus de 4 000 ans durant lesquels se sont développées des agglomérations successives couvrant au total plus de 250 hectares (7).
Le site ancien formait une sorte de tertre — au sommet aujourd'hui arasé — dont la masse principale se trouve désormais enfouie sous les strates alluviales qui ont progressivement rehaussé le niveau général de la plaine environnante (fig. 1).
Ce tertre comprend une succession de niveaux archéologiques correspondant, entre 7 000 et 6 000 B.C, à la phase IA précéramique, à la phase IB « protocéramique » et, de 6 000 à 5 000 B.C, aux phases II A et IIB céramiques. Les 166 tombes découvertes se rapportent aux deux premières phases, IA et IB. D'une façon quasi générale, elles sont regroupées hors des bâtiments.
(1) Chronologie 14C non calibrée. (2) ASTHANA, 1985. (3) JARRIGE, 1988 : 27. (4) JARRIGE, Ibid.
(5) JARRIGE et MEADOW, 1980; MEADOW, 1984. (6) LECHEVALLIER et QUIVRON, 1985. (7) JARRIGE, 1982.
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