TRAJAN ET LE RECRUTEMENT DU SÉNAT
par Pierre Lambrechts (Washington).
C'est un lieu commun d'opposer l'un à l'autre les empereurs Tra- jan et Hadrien. Entre ces deux hommes, a-t-on dit, le contraste est frappant et complet (^, On a appelé Trajan « der letzte Römer alten Schlages , le « romanisant », celui qui « avait été, et non sans quelque étroitesse, le Romain de vieille roche, aristocrate au fond, et conservateur ». Hadrien, au contraire, est le Graeculus qui, « séduit par l'éclat de la civilisation hellénique » aurait inauguré une « mehr griechisch-orientalisch orientierte Epoche ».
Il semble hors de doute que Trajan et Hadrien différaient dans leurs goûts personnels. Hadrien, par exemple, semble avoir rompu délibérément avec la politique expansionniste de son devancier. Trajan, d'autre part, esprit calme et positif, s'intéressa peu, semble-t-il, à ces spéculations littéraires et qu'on accorde volontiers à Hadrien ; hellénophile, imbu de philosophie stoïcienne, se laissant volontiers donner les titres de Πανελλήνιος et dJ 'Ολύμπιος, ce dernier aurait inauguré une ère nouvelle, celle d'un syncrétisme de conceptions occidentales et orientales.
Je pense cependant qu'il y a quelque exagération dans ces juge-
il) Voir G. Bloch, L'Empire romain, 1928, p. 146 ; L. Homo, Le Haut- Empire (coll. G. Glotz, Histoire Romaine, t. III) 1933, p. 425 s., 509 s. ; E. Kornemann, Forschungen und Fortschritte, 1934, p. 428 « Nirgends ist der kontrast gröszer als bei den jetzt zu betrachtenden Herrscherpaar, und zwar, deshalbjWeil der Gegensatz der Individuen hier durch den Gegensatz der groszen die Zeit beherrschenden Weltanschauungen verstärkt wurde ! ». Il serait de citer toute la littérature moderne à ce sujet : il suffit de renvoyer, pour plus ample information, à E. Kornemann, Einleitung in die III Band, 2 Heft, 1935, p. 79s.